mardi 10 mars 2015

Eric Dubruel Louis DUBRUEL ( 1846-1905)


Louis DUBRUEL ( 1846-1905 ) est, sans conteste, l'un de nos ancêtres les plus discrets qu'on qualifie, rapidement, de grand bourgeois austère et « catho ». Parmi les papiers de famille, que m'avaient remis Guillaume DUBRUEL, fils de Jean, certains permettent de retracer des éléments de sa vie. 

Né à Bordeaux en novembre 1846, Anne, Marie, Louis DUBRUEL, fut élève de l’Institut Fénelon de 1856 à 1863 ; bachelier, il prépare son droit chez maître de MEREDIEU, avoué à Bordeaux, où il exerce en qualité de 3ème clerc et sur les bancs de la faculté de Toulouse.

Si, en 1846, Marc-Auguste, père de Louis, jouit d'une belle fortune, celle-ci s'évanouira avec les événements de 1848 qui causeront la faillite de la banque familiale, dont Marc-Auguste était le Directeur; historiette à venir sur le "croustillant Marc-Auguste).

C'est son fils Ernest, né en 1835 qui prend les choses en main et veillera à l'éducation de son frère cadet. A 28 ans, sa Maison de Négoce, dont il a toujours tenu éloigné les autres membres de la famille, lui apporte argent et notoriété et la loge maçonnique de « l'Amitié » au Grand Orient, dont il est l'Orateur, un solide réseau.

Son courrier du 24 août 1863, adressé à Monsieur CHAUVEAU, professeur de droit administratif à la faculté de Toulouse, évoque les lauriers de la fin de la scolarité de Louis, son caractère, déjà réservé, son admission à la faculté et donne un éclairage sur les us et coutumes (déjà ?) en vigueur à l’époque :

« Monsieur, avant mon départ de Toulouse je n’ai pu avoir l’honneur de vous voir pour vous exprimer de vive voix combien j’avais été touché de l’intérêt que vous aviez bien voulu porter à mon frère Louis DUBRUEL. Le jeune homme a été reçu bachelier avec la mention « assez bien » Il était tellement intimidé que je doute fort qu’il ait été reçu s’il n’avait rencontré des encouragements dans l’attitude bienveillante de Messieurs les examinateurs et particulièrement de Messieurs SAUVAGE et Gratien ARNOULT que vous aviez eu la bonté d’entretenir de cette véritable maladie. Mon jeune frère vient de remporter au concours général des lycées du ressort un premier prix qui fut fort disputé. Il a eu, en outre, cinq prix et quatre accessits au concours de sa classe au lycée de Bordeaux.

Je ne sais, Monsieur, vous exprimer ma reconnaissance. Permettez-moi de vous prier d’en trouver l’expression dans l’envoi que je prends la liberté de vous faire d’une caisse de nos vins de Bordeaux. Puisse ce modeste souvenir vous rappeler aux jeunes gens à qui vous avez cherché à être utile avec une cordialité que je n’oublierai pas.

Recevez, Monsieur...  »



Peut-être pour qu'il comprenne la valeur des choses, Louis ne bénéficiait pas de beaucoup d'argent de poche, disons même qu'il lui arrivait de tirer le diable par la queue, ce qui ne lui enlevait pas un réel sens de l'humour :

« le 13 avril 1864, je ne sais comment faire, j’essaierai toujours, je cours à la gare poster ma lettre sans l’affranchir » écrit Louis à qui il reste 2,50 francs en poche après avoir payé son voyage, sa chambre et son inscription.

Dans ses lettres des 14 et 15 novembre 1864 il décrit son échec dans une tentative de dispense d’annuité et sa rencontre avec un certain Monsieur PANEL, « qui n’a cessé de me tracasser que lorsque je lui ai promis de dîner avec lui. Autant de pris sur l’ennemi. »

Autre lettre du 16 janvier 1865  où il mêle humour et réalisme: «  il est arrivé un grand malheur…en pénétrant dans la salle par un escalier très étroit dont les murs sont de loin en loin décorés de clous, je me suis trouvé poussé contre le mur par la foule des étudiants. Un clou, sans malice aucune, a accroché mon pardessus et y a fait les deux côtés d’un carré à peu près comme ça (croquis). Ne te fâche pas le clou n’a pas fait exprès…si vous m’envoyez 10 francs, avec 95 francs, ce qui fait voyage et inscriptions (soit 72,20 francs avec lesquels j’aurai vécu, couché et graissé la patte au porteur depuis jeudi dernier), j’aurais, je crois, 6,50 francs de chambre, 2 de concierge, reste 14,50 francs à diviser entre vendredi, samedi, dimanche et lundi, soit à peu près 3,50 francs par jour. »

Les 15 et 16 novembre 1867, il communique sa nouvelle adresse chez Mademoiselle BEAUFILS, au 91 de la rue des remparts St Etienne, au prix de 20 francs pour 15 jours et prend pension chez DARDIGNAC, restaurateur de la place de la Trinité au prix de 35 francs par quinzaine ou de 65 francs par mois.

Se rendant à Toulouse, en troisième classe de chemin de fer, ses amis et lui « furent accompagnés à partir d’Agen par un clairon de la Légion d’Antibes qui sonnait la marche de son bataillon. » ; ( nous saurons vous faire aimer le train…).

Le 10 août 1868, il décroche sa licence après avoir soutenu sur « de injuriis et Famosis libelli. De l’adoption et de la tutelle officieuse. De la présomption de l’instance devant le juge de paix »

Il s’inscrit au barreau de Bordeaux, se fait remarquer par la Compagnie des Chemins de Fer du Midi qui l'embauche comme agent du contentieux à la Division Centrale de Bordeaux dont il deviendra, par la suite, le Chef.

Louise LAFARGUE raconte, dans son journal de jeune fille, sa première rencontre avec Louis chez ses cousins CLAVERIE :  « J’ai eu aussi pour cavalier un ami de Monsieur LAROZE. Ce Monsieur là m’a paru quelque peu impertinent ! Quand je danse il paraît que j’avais les yeux baissés, maman venait de m’en faire l’observation ; au moment où je commençais un quadrille avec ce monsieur, j’ai oublié ce que maman venait de me dire et ne songeant qu’à ce lorgnon braqué sur moi et sous lequel je me sentais rougir, je me suis mise obstinément à regarder le bout de mes pieds. Le lorgnon faisait bien son métier il paraît ; « Mademoiselle, m’a dit Monsieur DUBRUEL, avez-vous donc perdu quelque chose ? …. » J’ai relevé bien vite la tête très mécontente de lui et de moi. Pourtant au fond, j’ai trouvé ce Monsieur très gentil. »

C’était le jeudi 28 janvier 1869 et le 17 juin 1871 Louis DUBRUEL demandait la main de Louise LAFARGUE.

Par contrat de mariage, cette dernière apporte : « un ameublement de chambre à coucher, lit complet en bois d’acajou, sommier élastique, lit de plume, matelas, oreiller et traversin ; un petit lit de repos avec paillage, table de nuit, descente de lit, rideaux de lit et de deux fenêtres, glace et garniture de cheminée, commode, armoire à glace, deux fauteuils et trois chaises en tapisserie, lavabo et autres objets de toilette ; le tout évalué 1.500 francs ; dot : 23.500 francs : pour en garantir le paiement après son décès Madame LAFARGUE, dont la succession de feu son mari n’est pas encore réglé, affecte et hypothèque spécialement sa propriété de Bordeaux, 326 route de Toulouse, consistant en maison de maître, chais et bâtiments à divers usages, jardins, vignes, le tout formant un enclos d’environ 41 ares.

Elle s’engage à loger, nourrir, chauffer et éclairer les futurs époux qui n’auront à pourvoir qu’aux dépenses de nourriture des enfants à naître et des domestiques qu’ils prendront à leur charge. »

Louis démissionne de la Compagnie en 1872 pour prendre le Secrétariat Général du comité des assureurs maritimes de Bordeaux. Il en sera nommé Directeur l’année suivante et le restera jusqu’à son décès en 1905.

Il mérite tous les éloges de ses employeurs assureurs ; en 1879, Monsieur BERNOS, doyen des assureurs de Bordeaux, déclarait que, durant les deux années de sa présidence, il avait « pu apprécier d’une manière particulière les hautes qualités qui le distinguent, sa connaissance du droit, son aptitude remarquable à diriger les affaires les plus compliquées, la rectitude de son jugement, son esprit conciliant qui trouve toujours de l’écho parmi vous mes chers confrères. »

Ce jour là les assureurs festoyaient et les convives se régalèrent de potages aux perles et printanier, de croustades aux truffes, de filets de soles à la Villeroy, de jambon d’York aux épinards, de canetons à la Périgueux, de filet de bœuf Grand Veneur, de perdreaux au cresson, de champignons à la barigoule, de cailles bardées et terminèrent leurs agapes par une salade anglaise, un pudding Marquis, de la glace et un dessert. Le menu, en notre possession, précise que ce repas frugal était accompagné d’un vin ordinaire Desmirail 1872, d’un château Yquem 1874, d’un Cos d’Estournel 1869, d’un Durfort Margaux 1869, d’un château Malescot Saint-Exupéry 1869 et d’un château Lafite 1869. Un peu de moscatel, du champagne Veuve Cliquot ( frappé ), un café et des liqueurs venaient conclure le repas…. Avec modération

N'en concluons pas, pour autant que Louis était un afficionado des noces et banquets ,loin s'en faut : un jansénisme bien ancré dans les esprits, excluait toute mondanité et tout luxe d'une vie de famille rythmée par les différents offices religieux auxquels se rendaient quotidiennement ses différents membres.

En 1894, Emile, l'aîné des fils de Louis, rencontre à Arcachon, chez des amis communs, une jeune anglaise à la fortune tapageuse et ostentatoire. Les deux tourtereaux décident, seuls, de se fiancer, ce qui eut pour effet de mécontenter les deux familles. Dans ses mémoires, Tita raconte le visite de Louis DUBRUEL à Richmond : «  bon-papa Louis vint faire une visite et, un peu ahuri de voir l’enfilade des salons pensa que je ne pouvais épouser son fils… J’ai su qu’avant de paraître pour servir le thé dans le très grand salon, mais voici quelques bribes de la conversation : « est-ce que vous tenez à ce mariage Madame ? » …  « Pas du tout Monsieur ! ! ! ».

De retour rue des Fossés, où le salon était comme un mouchoir de poche, il dit à Mamie que Papa avait visé beaucoup trop haut. » …. il faut, quand même, garder à l'esprit, qu'à l'époque, les mouchoirs, fussent-ils de poches étaient de belle taille ….


Tout le monde est donc d'accord pour dire que ce mariage ne doit pas se faire, tout le monde sauf Tita et Emile qui persistent dans leur décision de signer.

En 1895, Louis se résout donc à rédiger, au nom de son fils Emile, la demande en mariage. Vous en apprécierez le libellé précis, ferme et courtois : « Madame, Lorsque au mois d’avril dernier j’eus l’honneur de vous rendre visite pour prendre de vos nouvelles et les faire transmettre à votre famille d’Arcachon par l’intermédiaire de mon fils, vous m’aviez entretenu de son désir qu’il vous avait présenté d’obtenir la main de mademoiselle votre fille. Vous me dites que vous ne pensez point que ce mariage fut possible en raison du peu de fortune des deux jeunes gens, ce défaut de fortune n’étant point compensé par les revenus que mon fils pouvait attendre de sa position. J’eus l’honneur de vous répondre, Madame, que j’avais les mêmes préoccupations, qu’en outre je trouvais mon fils bien jeune ; j’ajoutais qu’en ne brusquant point les choses il y aurait lieu d’espérer que le temps modifierait la situation.

Contrairement à mes prévisions, je vous prie de demander à Monsieur WITTY et vous demande d’autoriser ses fiançailles avec Mademoiselle Marguerite VIDAL. Mon fils se croit autorisé à penser que Mademoiselle vote fille ne désavouerait pas la demande qu’il me fait faire.

Laissez-moi vous dire tout de suite, Madame, que ce que je sais de Mademoiselle votre fille me fait bien juger de son mérite et de sa vertu. Elle pourrait être certaine de trouver dans ma famille autant d’estime que d’affection. Je sais aussi que votre famille est des plus respectables et qu’une alliance avec elle serait tout à fait honorable pour mon fils.

Je m’acquitte de la mission qu’il m’a confiée, mais il sera docteur et médecin de la Marine à la fin de l’année. Il a choisi le cadre colonial où les traitements seront beaucoup plus élevés. Il croit ainsi avoir fait disparaître une partie de vos préoccupations et des miennes. Il s’en remettrait à votre décision sur l’époque où les fiançailles seraient suivies du mariage ; il serait d’ailleurs raisonnable et prudent de le conclure si mon fils était nommé dans une bonne colonie.

Mais avant que vous preniez votre décision, Madame, je dois vous faire connaître que je n’ai aucune fortune et qu’en aurais-je quelque peu je réserverais ce que j’aurais pour mes filles, estimant avoir assez fait pour mes fils en leur donnant une situation et une profession honorable.

Je croirais devoir manquer à mon devoir envers mes autres enfants si je faisais pour Emile, une fois qu’il sera en possession de son grade, un sacrifice aussi petit qu’il fût. Il n’a donc rien à attendre de moi, même pas pour ses dépenses de mariage.

Je dois aussi appeler votre attention, Madame, sur les règlements militaires français qui déterminent les conditions matérielles de mariage des officiers….

Malheureusement le deuxième feuillet n’est pas en ma possession, mais il est d’ores et déjà évident que tout ne semble pas aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Suit le troisième, on découvre que les deux parents ont été mis devant le fait accompli par les deux tourtereaux :  « J’ai lieu de penser, Madame, que depuis le temps où vous avez entendu parler, pour la première fois, de mon fils, vous avez du vous informer de ce qu’il en était de sa famille ; je n’ai donc rien à vous apprendre au sujet de notre situation dans le monde.
La manière dont cette affaire a été engagée, sans que votre avis, sans que celui de madame DUBRUEL et le mien aient été pris, nous a placés, les uns et les autres, madame, dans une situation un peu anormale. Ma lettre s’en ressent peut-être, veuillez excuser ce qui pourrait vous en déplaire.
Je n’ai l’intention que de vous faire connaître ce que mon fils attend de votre bienveillance et de vous exprimer, en même temps, madame, les sentiments du respect…. (illisible) » 

Les parents d’Emile n'assisteront pas à la cérémonie de mariage célébrée à Richmond, près de Londres ; Louis faisait une crise d’asthme, et quelques-uns uns des enfants DUBRUEL étant malades, Louise préféra rester à leur chevet. Sur la route de l'embarquement pour Saïgon, les jeunes mariés font une halte à Paris et logeront chez Louis qui avait fait mettre à leur disposition son appartement parisien du boulevard des Capucines. Ils le trouvèrent garni de lilas blancs et rempli de chocolats de la marquise de Sévigné.

De Paris, ils gagnent Toulouse où Louis les rejoint. Il les accompagnera jusqu’à leur embarquement pour le Pacifique à Marseille.

Louis a eu soin de faire jouer ses relations pour obtenir recommandations et billets d'introduction pour son fils, nommé en Indochine. Il avait trouvé le bon interlocuteur en la personne d’un Marseillais, rédacteur des correspondances suivantes où se mêlent business et considérations personnelle et professionnelle

« Le 5 avril 1896. Mon cher ami, je suis abruti – si vous me permettez ce mot – je viens de signer 1.000 bons de pain, comme directeur de la Caisse d’Epargne des Bouches du Rhône. Nous les donnons en guise de jetons de présence aux administrateurs qui président aux opérations de la Caisse, chaque jour et de temps à autre il faut les renouveler pour remplacer ceux qu’un trop long temps a rendu impropres, c’est le mot, c’est à dire trop sales à force de passer de mains en mains ; 1.000 signatures ! . J’ai besoin de me rafraîchir l’esprit et je ne saurais mieux m’y prendre qu’en vous donnant de bonnes nouvelles pour M. Votre fils, car j’ai d’excellents résultats de ma conférence avec mon confrère le docteur HECKEL : quand je lui ai expliqué ce que j’attendais de son obligeance, il m’a dit qu’il était assez bien avec m. le docteur AYME pour lui recommander le fils de mon ami ; mais il a mieux que cela : son plus intime ami est le docteur de KERMORAND, chef du service de santé des colonies au ministère, est à qui m. AYME doit sa situation. Il va donc lui écrire directement, à Paris, pour le prier d’annoncer à son subordonné la prochaine arrivée de m. le docteur DUBRUEL en lui faisant savoir qu’il serait très désireux lui, KERMORAND, de le voir le pendre sous sa protection effective et le caser suivant les goûts de ce jeune docteur et suivant les désirs de sa jeune femme. Or il se trouve que m. de KERMORAND est le propre gendre de mon autre confrère m. CHAMPOISEAU, ministre plénipotentiaire en retraite ( à qui l’on doit la splendide Victoire de Samothrace qui est en haut de l’escalier d’honneur du Louvre ) et qui a pour moi une affectueuse estime, d’autant plus que j’ai été rapporteur de sa candidature ( je vous envoie une autographie de mon rapport que je retrouve dans mes papiers, à la maison, cela vous intéressera peut-être.) Je vais donc prier m. CHAMPOISEAU ‘écrire lui-même à son gendre pour lui recommander le jeune couple dans le sens que vous désirez.

Vos jeunes gens arriveront donc là-bas précédés de chaudes recommandations, point banales du tout ; Nous avons de la chance. M. HECKEL m’a dit que le docteur AYME pourrait peut-être confier à m. votre fils quelques clients, les médecins de la marine étant fort recherchés ( et la moindre visite se paye 20 à 25 francs ). Dans ces conditions, le jeune ménage pourrait s’installer à Saigon même…cependant ce sera à m. votre fils de voir, une fois arrivé et accueilli, ce qu’il convient de faire et quelle résidence lui serait plus agréable.

Quand m. votre fils sera ici, je le prierai de venir me voir chez le docteur HECKEL et chez m. CHAMPOISEAU : nous irons les remercier de ce qu’ils auront fait pour lui. Je suis très content.

Mais je le suis moins de l’acceptation hâtive du délaissement « océan » par les assureurs de m. PHILIPPART. Un rapport du délégué me donne fort à penser qu’il y a quelque chose de louche dans cette affaire d’avances ( ? ). Et quant au corps, je suis à peu près certain qu’on ne paiera jamais les sommes assurées. La Marine est très montée contre l’armateur qui est déjà allé aux assises il y a une douzaine d’années…il fut acquitté, mais son capitaine fut condamné…j’ai eu des nouvelles du « Saigon. » Un m. LECOMTE a fait opposition au paiement en mains des assureurs, mais vérification faite en ma présence, il a été reconnu que cela concernait les assureurs de Paris. Je pense donc que maintenant le procureur va envoyer les 4 à 5 mille francs sous une huitaine de jours, rien ne s’opposant à la délivrance du produit net revenant aux assureurs de Bordeaux. En attendant, recevez pour madame DUBRUEL mes plus respectueux hommages et croyez, mon cher ami à tout mon dévouement. »

La réponse de monsieur CHAMPOISEAU à ce Marseillais est datée du 18 avril 96 :

« La Victoire à la Croix Rouge, Marseille

Monsieur et très cher confrère,
d’après un mot que m’a adressé hier m. de KERMORGAND, M. DUBRUEL trouvera à son passage à Marseille une lettre officielle dont lui-même sera porteur pour M. AYME chef de service de santé à Saigon. De plus, mon gendre écrit directement cette fois et particulièrement au dit M. AYME en lui recommandant vivement le fils de votre ami de Bordeaux. Espérons que ces démarches auront un heureux résultat et que le jeune ménage auquel vous vous intéressez sera bien reçu et bien casé par son supérieur immédiat en Cochinchine.
Toujours bien cordialement vôtre. »

Quinze jours plus tard, le Marseillais écrivait à Louis :

« Mon cher ami,

J’ai reçu un télégramme hier qui m’a aussitôt fixé sur l’itinéraire de la concordance à Colombo, et non à Aden, des 2 vapeurs partant l’un le 19, l’autre le 26. Il n’y aura pas de temps perdu à Colombo par celui du 26, car celui du 19 fait escale à Bombay ; c’est celui que, dans mon télégramme, j’ai appelé l’indirect et ce détour permet à celui, direct, du 26, d’arriver en même temps que l’autre à Colombo.
Nous attendons vos enfants vendredi sans doute, car vous les garderez jusqu’au dernier moment avant cette longue séparation…je comprends votre émotion, mon cher ami, mais si nos enfants, la chair de notre chair, l’âme de notre âme nous tiennent tant au cœur, par les mille fibres qui font ressentir l’amour le plus pur, le plus entier, du moins nous savons que ces êtres chéris ne sont pas pour nous…ils doivent, à leur tour, fonder une famille, et nous, en retour de tout ce que nous avons fait pour eux, nous ne voulons qu’une chose, leur bonheur…
Voici une lettre de M. CHAMPOISEAU qui m’a annoncé que son gendre avait écrit particulièrement à m. AYME pour lui recommander encore très chaudement m. votre fils et sa jeune femme, en outre de la lettre officielle que m. votre fils emportera lui-même ou mettra à la poste, comme il en décidera. 
Je vous ai envoyé le chèque « Saigon », je l’avais demandé au Comptoir d’Escompte samedi. Je regrette de n’avoir pas fait cette remise plus tôt, car je sais que, par ces temps d’incessants sinistres, les assureurs ont besoin de toutes leurs ressources. Mes hommages, je vous prie, à Madame DUBRUEL, assurez vos chers enfants que nous les recevrons ici comme s’ils étaient de la famille et croyez, mon cher ami, à ma sincère affection.
Si vous voulez bien me télégraphier le départ de Bordeaux, de vos enfants, j’irai les recevoir à la gare et arrêterai avec eux le programme de leur séjour ici sans perdre de temps.
C’est à cause de l’heure avancée que, pour ne pas vous faire attendre, j’ai télégraphié hier soir rue des Faussets. » 

Comme il le précisait plus haut, Louis a toujours tout fait pour ses enfants ..

Le 10 février 1900, les assureurs fêtent les noces d’argent de Louis au Comité et le cinquantenaire de cette institution. Ce jour là, Monsieur Léonce GOYETCHE, Président de la Commission Administrative, exprime publiquement à son directeur « l’affection et l’estime des assureurs maritimes pour sa réelle compétence dans les questions soumises à son constant examen…. »

Là, par contre je n’ai pas le menu, mais craignons le pire….

les appointements de directeur de Louis étaient, en 1889, de 1.250 francs par mois, ce qui autorise une certaine aisance et permettait à la famille de louer, pour l’été, une maison à Ciboure, Arcachon ou Saint-Savin.

en 1902, la famille quitte l’appartement de la rue des Fossés Saint-Pierre pour s’installer au deuxième étage d’une vaste maison XVIIIème au 52 quai de Bourgogne, réservant le troisième, mansardé, au jeune ménage DUPIN de SAINT-CYR. Dans son livre, « Fragments », oncle Henri DUPIN écrit « on avait une vue incomparable sur le port et les rives droites de la Garonne. A cette époque, on voyait, en permanence, les trois-mâts en rivière mouillés devant nous ou accostés aux quais »

Louis décédera alors qu'Emile et Tita sont de passage en France ; Tita a consigné l’événement, en quelques lignes, dans ses mémoires : « Vers la fin de notre séjour en France bon-papa Louis, qui avait le cœur malade, vit son état empirer et il est mort le 23 octobre 1905. Tout Bordeaux l’accompagna à sa dernière demeure, et, alors seulement nous avons su qu’il payait pour deux jeunes orphelins élevés par les Frères. »

Nous laisserons la conclusion de cette historiette à la rubrique nécrologie que lui consacra la très Bordelaise et très mondaine ( pléonasme!) Revue du Tout Sud-Ouest

Dubruel (Louis), décédé à Bordeaux le 3 oct. 1905, était directeur du Comité des Assureurs maritimes depuis trente ans.

Issu d'une vieille famille de médecins bordelais, M. Louis Dubruel, jeuneavocat, avait attiré l'attention de la Compagnie du Midi. C'est là que des hommes comme MM. Bernos, de Boissac, Lançon, vinrent le chercher pour le mettre à la tête du Comité des Assureurs maritimes de Bordeaux.
Son esprit juste, droit et pénétrant, son intelligence vive et souple, son sens rigide de la Justice, imposèrent bien vite sa personnalité, tandis que l'affabilité de ses manières, la solidité de son amitié lui gagnaient de précieuses affections.
Uniquement occupé de son travail et des soins qu'exigeait sa nombreuse famille, Louis Dubruel passa dans la vie comme un exemple de ces hommes d'autrefois pour lesquels l'honneur était le seul but de l'existence.

En 1906, Louise quittera le 52 quai de Bourgogne pour s’installer 5, place Puy-Paulin où elle décéda près de vingt ans plus tard.

Louis et Louise ont eu huit enfants, tous nés à Bordeaux :



1 Charles, Marie, Emile, 03-08-1872 Bordeaux, 05-09-1922 Montdore,


2 Bertrand, Marie, Marc : ordonné prêtre en 1906, Père Jésuite, successivement aumônier des ACJF de Bordeaux et de Toulouse, il se fixe dans la ville rose. Il y sera Père spirituel au Caouzou, rédacteur au « Messager », membre du Comité de l’Union Sociale du Midi, Directeur de l’Union Catholique du Personnel des PTT de la ville et aumônier de l’Union régionale des cheminots.
Après avoir participé au développement des Semaines Agricoles, il co-fonde l’école Supérieure Libre d'Agriculture de Purpan et lance l’enseignement agricole par correspondance.
Prédicateur talentueux, il anime les Semaines Sociales à Paris, Rennes, Arras, Agen, Auch…
En 1926 il est nommé titulaire de la chaire Ozanam à la « Catho » de Toulouse, puis directeur de la revue « le recrutement sacerdotal » l’année suivante.
Il était membre du Comité de la Société archéologique de France, membre correspondant de L’Académie d’Entraide sociale et collaborait au Dictionnaire Apologétique de la Foi.
Une mort précoce, en 1928, ne lui permit pas d’achever sa thèse consacrée à la Régale.
Il se vit décerner, pour son ouvrage « l’Ecole Unique », la mention honorable de l’Académie des Sciences Morales et Politiques.

3 Louise, Marie, Rose, Blanche, Aimée ° 10-02-1879, + 01-01-1973 à Bordeaux épousa Charles DUPIN de SAINT-CYR, assureur maritime. Ils sont les,ancêtres des DUPIN unlimited ;

4 Marc, Marie, Bernard, Pierre, André, Docteur en droit, professeur à la Fac de Droit de Beyrouth, puis agréé près le tribunal de commerce de Bordeaux, épousa Madeleine MARMISSE, fille d’un médecin bordelais. Ils furent les parents d'André ;

5 Guillaume, louis, Marie, Jean, Pierre, ° 18-09-1884, + 09-09-1942 à Bergerac : il fut, avec MAURIAC, l’un des fondateurs du Mouvement « le Sillon ». Tout d’abord avocat, il exerça, par la suite, toutes sortes de métiers qui le menèrent de la direction des éditions SPES à un poste d’employé de PMU. Il épousa Louise CAZAJEUX, fille d’un Trésorier Payeur Général de l’Ariège dont il eut quatre enfants : Marc, Guillaume, Josette ( famille BOLDISZAR ) et Marguerite-Marie ;

6 Adélaïde, Marie, Josèphe, Amélie,Geneviève épousa Robert Henri KEHRIG, chevalier du Mérite Agricole, Directeur de la Feuille Vinicole de la Gironde. Ils furent les parents de tante Agnès POYLO ( dont l’un des fils, Jean-Marie, épousera Monica, la sœur de Tante Marion ) et d'oncle Franck.

7 Rose, Marie, Clotilde, Germaine, + 1927, religieuse de la Visitation,

8 Charlotte, + 1932 sans postérité











 






jeudi 12 février 2015

Eric Dubruel : le capitaine Barbe

Nous allons abandonner, un temps, les ancêtres de Papapa pour faire un petit tour chez ceux de Mita.

Je vous propose de découvrir un jeune officier inconditionnel de son Empereur qu'il suivra jusqu'à Waterloo et qu'il aurait suivi jusqu'à Paris si Napoléon avait pris la décision de marcher sur la capitale avec les débris de sa Grande Armée rassemblés par Davout.
La règle générale voulait que les officiers sortis du rang quittent l'armée avec, pour bâton de maréchal, un grade de capitaine, récompensant leur longue carrière et leurs multiples blessures.

Exception notable, Joseph Antoine fut nommé capitaine à 25 ans et n'eut pas la moindre égratignure !

Si Napoléon avait .......  Joseph Antoine aurait probablement fini colonel.

Merci à Louis MANGIN qui m'a transmis ces lettres découvertes, par son père, dans le grenier de ST Pé, il y a plusieurs années.


Hilaire BARBE, originaire de St Jean le Centenier, s'installe, vers le milieu du XVIIIème siècle, comme négociant à Bourg-St Andéol.

 Dès 1790, le Vivarais connaît une guerre civile intense opposant jacobins et «  chouans  » locaux. Ces derniers, d’abord organisés en troupes régulières commandées par des immigrés rentrés clandestinement, sont en 1796 éparpillés au sein de bandes multiples et sèment la terreur dans les campagnes. Avec le temps il devient difficile de distinguer les véritables résistants des bandits de grands chemins et les «  bleus  » tirent à vue. C'est dans ce contexte qu’Hilaire disparaît en 1796… Dans l‘hommage funèbre qu’il rendra à Ferdinand BALENCIE, Louis de COURREGES évoquera Hilaire en ces termes  : « mort noblement pour la défense de sa foi religieuse et politique dans les milices royalistes qui, pendant la révolution s’organisèrent dans le midi de la France. »

 
je ne sais pas pourquoi tout ce qui précède est en "gras" et ineffaçable ... bon, laissons Bill Gates s'amuser et poursuivons notre histoire....

Joseph-Antoine BARBE, fils d'Hilaire, naquit en 1788 à Bourg-St Andéol. A 20ans, il intègre le 70ème de Ligne et participera, de 1808 à 1812, en Espagne et au Portugal, aux batailles les plus célèbres mais aussi les plus meurtrières : La Corogne (16/1/1809), Busaco (27/9/1810), Sabugal (3/4/1811) et les Arapiles (22/7/1812). C'est au terme de ce dernier engagement où le régiment eut à déplorer deux morts et trois blessés, dont son chef, le colonel DUMAREIX, que notre ancêtre gagne sa deuxième épaulette ... à 24 ans ... belle carrière !

En 1813, le 70ème rejoint la Grande Armée. Le bataillon, auquel appartient Joseph-Antoine, est affecté à la défense de la citadelle d’Erfurt où il caserne en 1813 et 1814. Joseph-Antoine "qui mérite l'estime de ses chefs par sa bonne conduite et son instruction" est promu au grade de capitaine le 17/9/1813. Cette promotion à la tête de la 3ème compagnie du 6ème bataillon est confirmée par décret ministériel en date du 25 du même mois.

Erfurt sera la dernière place forte à se rendre aux alliés longtemps après que Napoléon aura abdiqué le 14/4/1814. Son gouverneur, le général Alexandre DALTON, obtiendra de rentrer en France avec armes et bagages, ce qu'il fit en conduisant, sur près de 600 km, sa colonne à travers l'Allemagne soulevée. C'est grâce à ce général tenace et héroïque que notre ancêtre rejoint la France d'où il écrit, le 3 juin 1814, à sa mère qu'il croit encore à Bourg St Andéol.

Il y affirme haut et clair, ses convictions politiques et les valeurs auxquelles il tient.

Ma bonne Mère,

"je crois bien que vous n'avez pas reçu deux lettres dont une par duplicata que je vous ai écrites de la citadelle d'Erfurt dans le mois de janvier. Je les avais confiées à un officier, renvoyé en France comme incurable, mais les ennemis auront du traverser leur colonne et les leur auront peut-être enlevées quoiqu'elles fussent décachetées et que leur contenu n'intéressât que vous et moi. Celle que je vous ai donnée de Strasbourg dans le mois d'octobre serait donc la dernière que vous auriez reçue. Quelques jours après, le bataillon reçut l'ordre de se diriger vers Erfurt où nous arrivâmes le 22 octobre. L'armée française battait alors en retraite et passait sous les murs de cette place dans le plus grand désordre. Le bataillon, qui n'avait pas encore souffert, fut désigné pour faire partie de la garnison de cette ville. Le 25 les portes furent fermées et nous fûmes entourés par un fort ! nombre de troupes ; environ 6.000 bombes ou obus lancés sur la citadelle, nos bâtiments dont une grande partie brûla. 5.000 hommes infectés par une maladie contagieuse que l'armée avait laissée, des menaces, des alertes journellement répétées par l'ennemi, des sorties, voilà pour les principaux événements. Enfin, au commencement du mois de mars, un commissaire du gouvernement provisoire est venu nous faire connaître les changements qui avaient eu lieu en France. Nous avons reconnu Louis XVIII après 7 mois de blocus. La garnison, forte d'environ 1.500 hommes, est sortie avec armes et bagages après avoir stipulé que les pièces de canon et les arme, s appartenant à la France, y rentreraient. Nous étions 7.000 au commencement du siège. Le 26 octobre, j'ai été nommé capitaine par le général gouverneur.

Je remercie le ciel d'avoir été éloigné de ma patrie durant ces orages qui l'ont agitée. Le poste qui nous avait été confié, nous l'avons défendu. Notre général a toujours été ferme dans son devoir. Quelle estime peuvent-ils espérer des hommes méprisables qui, pour conserver leurs richesses, ont lâchement abandonné celui de qui ils les tenaient. Non, jamais un vil intérêt ne m'écartera de l'honneur et si l'on ne peut devenir riche qu'en cessant d'être honnête homme, je prie instamment l'être suprême de ne pas permettre que je sorte de ma pauvreté. Lorsque l 'arrêt porté par la nation française nous a été connu, nous nous y sommes soumis En faisant serment de fidélité au souverain, c'est à dire en s'obligeant à le servir dans tout ce qu'il entreprendra d'utile, d'avantageux, de nécessaire au bonheur de la nation, on jure également à celle-ci de maintenir ses droits, de la protéger contre toute oppression même contre le souverain. Le serment prêté à ce dernier ne fait, dans ce sens, que les intérêts du souverain ne peuvent différer de ceux de la nation. Dès que celui à qui la puissance est confiée cesse de la rendre heureuse, elle est libre de se choisir un meilleur maître.

Dans ces circonstances, la force militaire ne doit point délibérer, elle doit n'avoir qu'une obéissance passive.

Notre colonel vient de nous faire savoir qu'il vient de sortir un ordre qui autorise les officiers à se retirer chez eux après certaines formalités remplies. Plusieurs du bataillon seraient déjà partis, ils avaient de quoi subvenir aux frais de voyage. Il est évident que le gouverneur n'a pris, en partie, cette mesure que pour ne pas être obligé de payer ni paie, ni solde arriérée.

Le plus grand nombre attend l'époque de la nouvelle organisation de l'armée, qui doit bientôt avoir lieu, pour se décider. Ce parti me paraît le plus sage ; alors les intentions du gouvernement nous seront mieux connues et nous aurons des règles de conduite plus claires.

Avant cette organisation j'aurais probablement reçu de vos nouvelles, il me tarde bien de connaître votre situation. Nous aurons répandu bien des larmes ! Il n'a pas été de mon pouvoir de les tarir plus tôt.

Je viens d'entrer dans mon logement. Ma première occupation est de vous écrire; je ne serai tranquille que lorsque ma lettre sera partie. Faites de suite réponse. Ne tardons pas un instant. Dans ce moment de désordre où toutes les parties de l'état sont séparées, étourdi par le tumulte, obligé de donner aux soldats des soins plus assidus, incertain sur ma destinée, je suis peu capable de réflexions et j'ai bien besoin qu'on m'aide à fixer mon irrésolution.

Le rang où je suis est sans doute honorable, il me met hors des atteintes du besoin. J'y tiens à ce grade où je me suis élevé en si peu de temps et sans protection. Mais l'éclat en est faux et ne peut séduire que des âmes vaines. Mais quand même les avantages en seraient plus grands, peuvent-ils être comparés,, ma bonne mère, à la douce jouissance de vivre au près de vous, à la satisfaction de soutenir votre âge avancé? Je rentrerai avec joie dans l'état humble d'où je suis sorti. Si je ne suis ni riche, ni élevé en grade, je serai honnête homme et mériterai l'estime des gens de bien. Faites savoir connaître votre désir, ma volonté est de le satisfaire.

Adieu ma bonne mère, donnez-moi des nouvelles de mon oncle, je pense souvent à lui. Si sa réponse avait pu me parvenir avant l'arrivée des inspecteurs qui doivent nous organiser, il m'eût été bien doux de m'épancher en lui.

Madame BARBE avait déjà quitté l'Ardèche pour la Bigorre et c'est un certain CHANET, qui ayant récupéré le courrier à Bourg St Andéol écrivit à cette mère sans nouvelle de son fils depuis près de huit mois et qui raisonnablement pouvait imaginer le pire.

"Réjouissez-vous ma chère dame, votre fils est ressuscité, je dis ressuscité car il y a longtemps que vous le croyez mort. Je viens de recevoir une lettre qu'il vous adressait ici parce qu'il croyait que vous y résidiez toujours. Je n'entrerai dans aucun détail à son sujet vu que sa lettre ne laisse rien à déclarer sur tout ce qui s"est passé à son égard depuis le mois d'octobre époque à laquelle il vous écrivit de Wurzbourg.

Tout ce qui m'a frappé et surpris en lui, c'est sa manière de raisonner sur les événements miraculeux qui viennent de s'opérer en France. Il perçoit qu'il ne voit pas ces choses comme il devrait les voir et qu'elles lui ont altéré l'esprit sans corrompre néanmoins son corps. Il est vrai que lorsqu'il a écrit, il arrivait à peine à Strasbourg venant de la citadelle d'Erfurt où il avait été bloqué pendant 7 mois, ignorant tout ce qui se passait ou recevant des nouvelles infidèles ou transmises par des personnes ayant intérêt à les (?). Je suis persuadé qu"aujourd'hui il verra les choses par lui-même, il changera ; vous verrez qu'il est tenté de quitter le service et qu'il attend de vous avoir consulté pour savoir ce qu'il doit faire. C'est à vous et Monsieur votre frère de guider sa démarche ultérieure. Serait-il honteux de servir sous Louis XVIII et lui resterait-il du regret de ne pouvoir plus servir ! sous les ordres du tyran que la France vient de proscrire ? Je laisse à votre prudence la sagesse de le guider dans l'embarras et le trouble où il paraît plongé. Son esprit a besoin d'être éclairé, mais son cœur n'a pas changé.

Je lui écris par ce courrier pour lui annoncer que j'ai reçu sa lettre en votre absence et que par le même courrier je vais vous faire passer la lettre.

Tout le monde est fort content ici. Depuis près de deux mois, nous faisons journellement des fêtes. Nous avons chanté 2 Te Deum en action de grâce au retour de la famille de Bourbon et de Louis XVIII particulièrement. Tout est calme, tout est tranquille et nous en sommes quitte pour la frayeur que nous avait donnée l'entrée des armées alliées sur notre territoire. Je pense que vous n'en avait pas eu moins que nous dans votre département. Nous avions pris le parti de faire des cachettes dans une maison pour y renfermer tout ce que nous avions de plus précieux.
Il n'y a rien de nouveau en cette ville. La récolte de cocons est fort bonne et celle du blé et des vignes a bien bonne apparence.

Toute ma famille qui jouit d'une bonne santé, me charge de vous dire les choses les plus amicales et de présenter à Monsieur votre frère son attachement le plus respectueux.

Trouvez aussi l'un et l'autre les vœux les plus sincères d'un dévouement sans borne."

A l"évidence CHANET ne partage pas les idées politiques du jeune BARBE qui, selon ses états de service conservés à Vincennes, se voit affecté au 65ème de Ligne le 16 septembre 1814.

Mars 1815, Napoléon quitte l'île d'Elbe et revient en France. BARBE, bien évidemment, se rallie à son empereur et un billet de Monsieur de LACEPEDE, grand chancelier de l’ordre, daté du 18 mai 1815, le nomme chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur.

Avec le 70ème de Ligne, ressuscité, il participe aux combats de Ligny ou Fleurus, le 16 juin 1815 et écrit, le lendemain, à son oncle le curé de St Pé de Bigorre.
 
" Du champ de bataille de Fleurus le 17 juin

Mon cher parrain, je n’ai que le temps de vous dire que je suis sorti sain et sauf du combat d’hier contre les alliés  ; ils ont été battus. En passant par Paris, j’ai reçu la décoration d’honneur. Aussitôt que vous aurez reçu ma lettre, écrivez-moi  : j’ai bien envie de recevoir de vos nouvelles. Adieu mon cher oncle, adieu ma chère mère"

Le lendemain, il combat à Waterloo.

Le gouvernement provisoire français signe le 5 juillet avec les puissances alliées un acte de capitulation dont l'un des articles précise l'occupation par les Alliés de toute la France du Nord située sur la rive droite de la Loire. Les débris des armées françaises, rescapées de Waterloo, devaient se retirer sur la rive gauche. Le 8 juillet, jour du retour de Louis XVIII à Paris, les premiers éléments de la Grande Armée, dont la Garde Impériale, traversent Orléans. A leur tête, le maréchal DAVOUT. Celui-ci installe son quartier général au château de la Source, fait barrer les ponts d'Orléans et d'Olivet et met en défense la rive gauche. Les Prussiens arrivent à Orléans. C'est dans ces circonstances que le capitaine BARBE écrit, à sa mère, depuis Jargeaux, là où est édifié le château de la Source :

" deux lettres que je vous ai écrites depuis nos dernières affaires sont encore sans réponse. Ne les auriez-vous pas reçues ou les vôtres ne me seraient-elles pas parvenues ? Je crois bien, mes chers parents, que vous ne soyez encore de vives alarmes. Maintenant que la correspondance est libre, celle-ci parviendra sans doute. Rassurez-vous, ni à Fleurus, ni à Wavre ou Mt ST Jean, je n'ai pas eu la plus légère contusion. Je ne l'ai pourtant pas fui cette mort qui a épouvanté tant des nôtres ... et mon nom porté sur la liste ... mais les choses ont (?) à tel point que celui qui ne fait que son devoir est noté comme s'il eût fait quelque action d'éclat. Ce serait ici le lieu de vous faire connaître te funeste résultat de la bataille de Mont St Jean, les causes de la perte de cette affaire et les suites de notre retraite, mais la vérité est trop affreuse. Plût à Dieu qu'elle demeurât toujours cachée avec le monument de notre honte !!! Depuis quelques jours, nos généraux, toujours indifférents pour le bien public, semblent nous avoir abandonnés pour ne penser qu'au moyen de conserver leur fortune. Enhardis par leur silence, les soldats deviennent, chaque jour, plus insolents ; leurs murmures, leurs menaces même, m'ont souvent fait regretter, durant la retraite, de n'avoir pas succombé dans les combats. Sans la fermeté des officiers, on aurait vu se renouveler en France, les horreurs de la guerre d'Espagne et du Portugal. Aussi suis-je, plus que jamais, dégoûté du service et certes, ce ne fut jamais avec tant de raisons. Une réflexion bien affligeante tend surtout à m'en éloigner. Les plus grands maux menacent la France. Ils sont d'autant plus inévitables que, loin de chercher à les éviter, les Français au contraire, les appellent sur leur tête. Que doit alors faire celui qui n'est pas assez fort pour conjurer la tempête et qui ne peut plus être utile à son pays ? Je crois qu'il doit se retirer.

Jamais je ne fus d'aucun parti ou plutôt, je fus toujours de celui de la patrie. Quand Napoléon a reparu, j'ai vu en lui le seul homme capable de relever les droits de la nation indignement foulés. Je l'ai suivi avec l"assentiment de ma raison et de mon cœur. Je fus toujours de bonne foi. Si ma faible raison a été égarée, l'erreur ne saurait m'être imputée en crime. Ma conscience m'assure que je n'ai point cherché à m'abuser. Il est bien consolant et nécessaire ce témoignage, dans ce moment où, déshonorés par nos généraux, outragés par de vils écrivains, sous le joug de la dure nécessité, nous attendons notre sort. Quelqu' il soit, je serai content si notre pauvre patrie en serait malheureuse, mais je n'ose l'espérer et crains bien que, malgré ses bonnes intentions, notre roi ne puissent faire cesser nos calamités.

Adieu mes bons parents

dans une lettre que je vous écrivais de Fleurus, je vous faisais connaître que j'avais été décoré de la croix d'honneur à Paris le 18 mai

Joseph Antoine signe, bizarrement, ce courrier B ROBIN, probablement par crainte de le voir ouvert avant d'être expédié et de se faire sanctionner. Il est vrai que le jeune capitaine ne mâche pas ses mots. 

Napoléon est à Rochefort, d'où il compte s'embarquer pour les Etats-Unis. Après avoir songé à utiliser l'armée de DAVOUT pour marcher sur Paris, il renonce à poursuivre par crainte de déclencher une guerre civile et se rend aux Anglais le 15 juillet.
DAVOUT hésite encore à accepter Louis XVIII, mais la discipline de son armée se relâche. Le 1er août 1815, il reçoit à la Source une prétendue lettre de Louis XVIII, rédigée par FOUCHE et signée par un habile faussaire, lui offrant des garanties en cas de soumission. Avec ses officiers, il décide alors d'accepter le drapeau blanc et de procéder au démantèlement des restes de l’armée Napoléonienne.
Le 1er août, le capitaine BARBE est mis en demi-solde et renvoyé dans ses foyers le 30 septembre avec ce commentaire" bon officier, belle tenue, susceptible d'acquérir beaucoup. On lui reproche d'être très léger et inconséquent dans ses propos"; il sera définitivement réformé le 1er juillet 1818 et devra attendre l’accession au trône de Louis-Philippe et l’ordonnance du 28 novembre 1831 pour demander son brevet de légionnaire. Ce n'est qu'en 1837 qu'il recevra, officiellement la ruban rouge.. Plus tard, comme tous les vétérans des campagnes napoléoniennes, il recevra la médaille de Ste Hélène.

Il gagne St Pé et s'y fixe aux côtés de sa mère et de son oncle, l'Abbé Jacques ROBIN, curé de la paroisse. Un temps économe des Barnabites de Dax, ce brillant ecclésiastique était devenu un proche  de l'évêque "jureur" SAURINE, pilier de l'église gallicane napoléonienne, dont il fut l'un des vicaires.
Robin, tout comme son maître à penser, était franc-maçon et ses convictions proches des idées "révolutionnaires".
C'est ainsi que le capitaine BARBE épouse, en 1816, une fille de Noël LACADE, médecin, ancien membre du Directoire d'Argelès ( Brumaire An II ), ex commissaire du Pouvoir Exécutif du Canton de St Pé en l'An IV, ancien maire de St Pé et juge de paix du canton et de Charlotte RAVIELLE.
 
Thérèse DEMBARRE, mère de Charlotte et de Jean-François, Président du tribunal de Lourdes et ancêtre des DUPOY, était la sœur jumelle d'un général, comte d'empire et sénateur.

Nous reviendrons sur le clanisme de ces familles Tarbaises : BARRERE, DEMBARRERE, DINTRANS et BALENCIE qui, pendant près de 50 ans, firent main basse sur la ville de Tarbes et le département des Hautes Pyrénées.
Toutes attachées aux "idées nouvelles", elles viennent, dans la généalogie de Mita, contrebalancer les familles Paloises des CASENAVE-LAFITTE, de BOYRIE ou autre de LAFARGUE, inquiétées pendant la Terreur pour leur sympathie aux idées contre-révolutionnaires. 

Bleus et Blancs ... heureux mélange .....
 

samedi 5 juillet 2014

Eric Dubruel : il était, à Anvers, une fois, les van Hontsum





 



Quelques notes, une fois, sur la famille Van HONTSUM dont quelques un(e)s doivent se demander : "mais ... qui sont ces gens ???"

Armes de la famille van HONTSUM

de sable à 2 lévriers passant d'argent, au franc quartier d'argent au lévrier passant de sable.
L'écu est timbré d'un casque d'argent avec ses lambrequins d'argent et de sable. »
cimier : un lévrier de sable
Devise : sperans in Deo
( cf l' ouvrage sur les devises et cris de guerre de O'Kelly de Galway


Ces armes, portées pendant tout le XVIIème siècle, ne sont pas celles d'origine, car Seger, le premier Anversois de la famille, porta tout au long de sa vie, les armes des van HONSEM « d'or à deux coqs affrontés de gueules, posés sur une terrasse de sinople », qu'il fit figurer sur son inscription funéraire ( cf planche en dernière page ).

 Les lévriers, dus à Zeger, le célèbre chanoine ( 1579-1643), évoquent celui des van  HONTSUM, de Westphalie qui portaient: « de sable à un lévrier rampant d'argent, casque couronné et en cimier, le lévrier issant coupé de sable et d'argent». Les van HONTHUM sont de Cologne où Cornelis van  HONTSUM décide de s'exiler pour fuir les exactions Orangistes tout comme le fera, à la même époque, Gaspar van HONSEM, cruydenier, qui y épouse Marie van den Steen en 1585 .... les voies du Seigneur sont impénétrables et l'on pourrait y perdre son latin car ces terminaisons en "um" ne nous laissent pas neutres  ...

Van  HONTSUM et van HONSEM ont donc une lointaine origine commune, mais ne développent aucun lien, ni familial, ni professionnel.
Les van  HONTSUM, originaires de la riche cité drapière de Diest, se fixent à Anvers au milieu du XVIème siècle tandis que les van HOENSSEM, devenus van ONCHEN puis van HONSEM, Bruxellois ( commune de Asse) de souche et richissimes "cruydeniers" ( négociant et marchand d'épices) y exerçaient leur lucratif commerce depuis la fin du XVème.

Les van  HONTSUM sont donc originaires de la tristounette Campine, morne pays de landes de bruyères, de tourbières et de pâtures, qui se meurt d'ennui entre Anvers et la vallée de la Meuse et où fleurissent nombres de monastères tant le silence, si propice au recueillement, y règne en maître absolu. Limitrophe du Brabant septentrional hollandais, la région se trouve donc au centre de tous les affrontements dès le début de la révolte des Provinces-Unies contre l’Espagne, d'autant que Diest, berceau historique et fief de la Maison d'Orange-Nassau s'est donnée aux Espagnols... il y en a qui ne comprennent pas tout tout de suite...

Vorst, un bourg des environs de Diest, où la famille possède des terres, est déjà la capitale du sabot brabançon, aussi les van  HONTSUM, qui n'ont pas leurs deux pieds dans le même, décident-ils de vivre et de commercer en paix, en migrant vers des lieux tout à la fois plus sereins et plus propices aux affaires. Sans faire preuve d'une imagination débordante, ils choisissent de s'installer à Anvers qu'une succession d'événements a transformé en véritable métropole.

L'histoire de cette ascension commence avec une fausse bonne idée de Philippe le Bon, duc de Bourgogne et comte de Flandre qui, pour protéger la fabrication locale, décide d'interdire aux Anglais de vendre leurs draps dans son comté. Cette décision signe la fin de la grandeur de Bruges dont l'ensablement de l'avant-port pose déjà problème. Les perfides Albioneurs se tournent vers Anvers laquelle, margraviat du Saint Empire Romain Germanique et donc hors de la mouvance du Comte de Flandres, leur ouvre, tout grand, les bras.
En 1460, les Anversois inventent la Bourse où chaque marchand peut venir, quotidiennement faire ses affaires de gré à gré. Italiens, Hanséatiques et autres Français affluent ....
Les Portugais, maîtres du Nouveau Monde, attirés par cette dynamique, installent à Anvers, dès 1500, de gigantesques comptoirs la Feitoria de Flandre, puis la Casa de Guiné qui deviendra la Casa de India, à l'intersection des nouvelles routes maritimes du Brésil, d'Afrique et des Indes, déchargeant sur les quais, sucre, cannelle, poivre et autres épices.

En 1551, lorsque Seger Van  HONTSUM est reçu Bourgeois d'Anvers, le port est devenu la deuxième ville la plus peuplée au Nord des Alpes après Paris. 5.000 marchands y développent un chiffre d'affaires de 550 millions de florins et ce sont 400 navires - 900 en période de foires – qui y accostent ou en appareillent chaque mois.

Parallèlement, la ville, qui a son centre de rhétorique, est devenue un centre culturel de premier plan où le Tourangeau Plantin a gagné le titre de prince des imprimeurs et où Floris de VRIENDT, Martin de VOS puis, RUBENS et van DYCK, chacun dans son genre, révolutionnent la peinture flamande. En moins d'un demi-siècle, Anvers est passée du maniérisme au baroque.

Ce bouillonnement se fait sous l'oeil vigilant de l'Eglise et de ses admoniteurs dont est le chanoine Zeger van HONTSUM qui, censeur de livres, délivre les imprimatur et, grand pénitencier du diocèse, jouit d'un pouvoir étendu d'absolution.

C'est donc très naturellement que peintres, écrivains, libraires, imprimeurs et autres « intellectuels », réunis au sein de la Guilde de Saint-Luc décident, en 1627, de choisir Zeger comme Directeur Spirituel, certains que cet homme aux larges pouvoirs religieux, mais aussi membre de la Confrérie/Gild des Romanistes ( peintres ayant fait le voyage d'Italie ) et mécène notoire, contrôlera leurs dérapages éventuels, leur évitera les sorties de route et absoudra les chauffards.

A Anvers, les van HONTSUM vivent noblement, mais aussi fort chrétiennement, consacrant leur argent à soutenir des églises et œuvres charitables campinoises et anversoises, ainsi que des écoles et ateliers de peinture. Ils ne font pas étalage de leur argent, comme en témoigne leur maison qui se dresse toujours au 29 de la Zilvermitstraat. Grande et située aux abords de la Grand Place, comme il sied aux gens de leur rang, elle n'en présente pas moins une façade sobre, voire des plus austères ( photo dans la planche).

Comme tous les grands notables, ils se sont fait tirer le portrait par de grands pinceaux : Zeger van  HONTSUM par van Dyck ( cf planche) et un autre, resté anonyme, par Cornelis de Vos. Si le premier trône, en bonne place, au milieu des tableaux de la collection privée de sa Très Gracieuse Majesté à Buckingham Palace, le second " Portrait d'homme représenté en buste, de trois quarts à droite, portant moustaches et barbiche, la tête coiffée d'une calotte noire. Une fraise tuyautée entoure son cou. Vêtement en soie noire brochée. Dans le haut, une armoirie : d'or à deux coqs affrontés de gueules" a été vendu aux enchères, en 1888, lors de la dispersion de la collection d'un certain Hollender.

Enfin, s'ils n'ont jamais porté le titre nobiliaire de jonker, ils avaient droit au qualificatif de « mijnheer » ( équivalent de gentleman ), réservé aux personnes de belle origine et occupant des fonctions importantes dans une organisation officielle.
Martin, fils de Jan fut, un temps, qualifié de seigneurs de Vorst.


L'histoire suivie de la famille débute avec Cornelis van HONTSUM,  « Kremer » (marchand détaillant possédant une échoppe), à Diest.  Les membres de cette corporation, régie par un règlement précis, avaient le droit de commercer sur les marchés ou dans leurs boutiques tous les produits possibles et inimaginables.
Il est le probable descendant de Laurys van HONTSIM, cité en 1296, Johannes de HONSIM en 1302, Jan van HONSEM, clericus in Diest en 1304, Graciaen van HONSEM, prêtre et échevin patricien de Diest en 1354, Jan van HONSUM en 1368, Gheert van HONTSEM en 1379, Jan et Walter Van HONSEM, témoins le 10 mai 1384, d’un acte de vente passé à Vorst, puis Jean, Jakob et autre Jean Van HONSUM, échevins de Diest, respectivement en 1395 pour les deux premiers et en 1418 pour le troisième.

Grâce au testament de son petit-fils Cornelis, nous savons que Cornelis l'Ancien est le père de
- Pierre
- Denis
- Seger, qui suit,
- Francois, bourgeois et marchand d'Anvers. Il réside sur Korte Doornikstraat et aura deux enfants de son mariage avec Barbara PEETERS : Balthazar décédé sans postérité en 1652 et Isabella qui épouse Adrien van HAEFTEN, puis Gilles DENYS en secondes noces


Seger Van HONTSUM ( vers 1518 - 1568 ) est donc celui qui pose les armes de coqs affrontés et les bagages de la famille à Anvers. ... bagages qui devaient contenir quelques coffres de florins ou autres monnaies d'or car, reçu Bourgeois d'Anvers le 29 décembre 1551, Seger s'agrège à la grande bourgeoisie locale en épousant, 6 août 1553, Catherine BASELIERS/BASSELIERS.
Les BASELIERS portent depuis le milieu du XIVème siècle de fort belles armes parlantes « d'or au basilic de sable, crêté, barbé, becqué et membré de gueules ». Banquiers ayant fait fortune dans le commerce de la soie, ils occupent de hautes charges financières, maîtres de la monnaie de Brabant ou essayeur contre-waradin de la monnaie d'Anvers.

Seger et Catherine sont les parents de
- Catherine qui épouse Jan SPANNENBORCH, bourgeois et marchand d'Anvers.
- Anne, qui épouse, en 1576, Josse LUNDEN fils de Bernard, marchand de Hanovre établi à Anvers et  décèdera en 1629,

- Martin, qui décédera en 1636,
- Cornelis, ( 1560-1585), négociant. Il teste le 14 août 1585, à Cologne, devant Maître VERBRAECKEN, notaire anversois qui a suivi ses clients catholiques sur les chemins de l'exil "s'il devait décéder à Cologne, il souhaite être enterré au couvent des Dominicains. Il lègue à son frère Martin, une terre censale qu'il possède à Endertham, près de Diest, aux pauvres honteux de Diest, les biens hérités de se oncles Corneille, Pierre, Denis et François, à sa filleule Suzanne SPANNENBORCH, fille de Jan, un vignoble sis à Diest, près de St Sauveur, 600 florins au couvent des Jésuites de Cologne à condition de faire célébrer une messe hebdomadaire et à son frère Zeger, 3 livres de gros" ..... somme qui ne représente que 18 florins ... Ce ne devait pas être le grand amour entre les deux frères
   - Jan, né en 1565, qui suit
  - Zeger qui épouse Anne MANNART. Ils sont les parents du célèbre Zeger Van HONTSUM ( 1579-1643), licencié en théologie, chanoine et pénitencier de La Cathédrale Notre-Dame d'Anvers, Censeur de livres, sur lequel nous allons nous attarder :
Zeger est surtout connu pour avoir rédigé la fameuse Declaratio Veridica, écrite à la demande des autorités religieuses pour attribuer à Sainte Begge la fondation des Béguines. Ce travail, quelque peu bâclé, fut rapidement contesté par un autre chanoine Anversois, COENS, qui, dans sa disquisito historica plaida en faveur d'un prêtre Liégeois Lambert le Bègue.
Peu importe, qui de Sainte Begge ou du Buègue, mais merci à l'une ou l'autre de ces deux là pour ces si charmants et si reposants béguinages.
Veuve, Anne MANNART mourut peu après s'être remariée avec Gaspar GOUBAU, riche et patricien, comme il se doit. Zeger grandit donc au sein de la famille GOUBAU et, par testament passé devant Maître DOPPEGIETER, le 31 mars 1642, il fait la part du feu entre les van  HONTSUM et les GOUBAU
aux Van  HONTSUM, il lègue à son neveu Zeger, prêtre et curé d'Hemixem, 100 florins et son portrait par van Dyck et 50 florins à chacun des enfants de son neveu Jan, savoir  : Peter MUYTINCK époux de Maria van  HONTSUM,  Barbara PEETERS veuve de François van  HONTSUM, Jacques, Jan, Martin, Christophe, Ursula et Catherine van  HONTSUM, celle-ci, béguine, recevant en sus une coupe en argent aux armes des van  HONTSUM, laquelle doit revenir à son frère Martin à l'heure de son décès.
aux GOUBAU, il lègue à Zeger, prêtre, son calice, sa patène et ses saintes ampoules, 100 florins, une belle copie de son portrait par van DYCK, qu'il estime à 60 florins et les portraits de ses grands-parents Gaspard MANNART et Jeanne de JONGE;  à Anne, les portraits de Jan MANNART et de Suzanne de CORDES ; à Alexandre, les portraits de Jeanne de JONGE et de Marcus MANNART ; à Jaspar : les portraits d'Antoine PEETERS et de Catherine MANNART ; à Catherine , les portraits de Catherine MANNART et de N... de JONGHE, béguine ; à François, le tableau représentant la ville de Lorette en Italie.
belle collection ....


Jan Van HONTSUM ( 1565-1622 ), épouse, en 1587, Marie TAETS. Une branche de cette famille, originaire d'Utrecht, décide de se fixer à Tournai avant, telle Frida la blonde, de descendre l'Escault jusqu'à Anvers où le papa de Marie épouse une demoiselle de RENIALME, fille et petite-fille d'échevins de la ville, dont le lignage se perd dans la nuit des temps du côté de Cambrai.
Les  TAETS d'Anvers et les  TAETS d'Utrecht, devenus  TAETS d'AMERONGEN, portent les mêmes armes : "d'argent à la fasce de gueules"

Bourgeois et négociant, Jean commerce à l'international et, en particulier, avec les COLBERT de Reims ( cf l'ouvrage de J-L BOURGEON ).

De fortune bien assise et de rang reconnu, il rejoint le Magistrat de la ville d'Anvers en 1600, en acquérant la charge d'aumônier, fonction qui assure les relations financières entre la ville et les institutions religieuses et charitables ( églises, couvents, hôpitaux, hospices, léproseries ….). La mendicité était interdite à Anvers et l'aide aux pauvres, aux mains des aumôniers, étaient centralisée. Ces derniers sont parfois contraints, dans les cas d'urgence, de faire des avances sur leur propre fortune, en attendant que le Magistrat ne débloque les fonds. Pour être aumônier, il faut donc être riche et motivé ...

En 1609, il est coopté comme Maître de Chapelle de la Chapelle du St Sacrement de la cathédrale, ce qui se fait de mieux à Anvers en matière de confrérie religieuse, puisque affiliée à la confrérie primaire de Rome. Ses membres jouissent de tous les privilèges de l'archiconfrérie romaine et, en particulier, celui de porter le costume noir à capuchons avec les insignes rouges (n'oublions pas qu'Anvers est une des capitales européennes de la mode ... ). Choisi par les Maîtres en place, il restait à Jean à acquitter la somme de 100 florins : 50 pour l'entretien de la chapelle et 50 pour participation aux frais d'obsèques des Maîtres.

Le 8 novembre 1615, il vend, au nom des échevins d'Anvers, une maison sur Vrijdagmarkt et une ferme de 1,550 m2 à Berchem, ce qui laisse supposer qu'il appartient toujours au Magistrat de la ville.

La même année, il est signataire avec son frère Martin et les commerçants les plus importants d’Anvers, d'une requête dans laquelle l’Echevinage est poussé à décréter, avec autorisation du Conseil de Brabant, une ordonnance qui autoriserait les commerçants ayant fait faillite à trouver un règlement avec leurs créditeurs si  deux tiers d’entre eux (commerçants), aussi bien en nombre qu’en crédit, le demanderait. on est pour la liberté du commerce ou on ne l'est pas ...

Jean et Marie sont les parents de :

- Marie ( 1588-1623 ) qui épouse Peter MUYTINCK, d'une famille de noblesse allemande installée à Anvers, qui sera Trésorier, puis échevin d'Anvers.
- Jacobus et Segerus, jumeaux, nés en 1601
- Cornelia, née en 1603
- Christophorus, né en 1605
- Ursula, béguine à Lierre
-Martin, qui suit
-Zegerus (Victor), (1604-1678) , bachelier-formel en théologie et protonotaire apostolique, est nommé curé d'Hemixem au mois de juin 1627. En 1642, il acquiert des droits seigneuriaux sur une terre de Borgerhout, au lieu-dit de Hoge Kroon. Il se rend en pèlerinage à Rome au mois de février 1650 et décède dans sa paroisse, le 2 octobre 1678, âgé de 74 ans où il est inhumé dans l'ancienne chapelle, sous une pierre tumulaire portant l'inscription suivante :
0. M. Jacet hic 12dus pus Zegerus van  HONTSUM Protonot : apost : huius ecclesia; pastor Jubilarius etc.qui (cum huic Ecclesise, Pauperibus , omnibusque Vici huius incolis bene prospexisset) ne sui obliviscerelur in finem viginti florenorum millia in pauperes sludiosos in quacuraque scientia militantes , statuit eroganda. Vivit 74 annis desiit autem 2da Oct. 1678. Ne Deus eius obliviscalur

Il semble jouir d'une assez belle fortune si l'on en juge par les dispositions de son testament : il lègue 20,000 florins à la dotation d’une Fondation destinée à aider les descendants de la famille à financer d’éventuelles études à l’université de Louvain ( de nos jours encore, cette Université, attribue encore, une bourse de 500 €, pour les humanités anciennes, les études de philosophie et de théologie, en faveur des descendants de Jan Van  HONTSUM et Maria  TAETS ), 200 florins à son anniversaire qui se célébrait le 2 octobre dans l'église d' Hemixem, et enfin 200 florins aux pauvres de la paroisse.


Merten ou Martin ou Martinus Van HONTSUM ( 1606 -1678), seigneur de Vorst. Négociant à Anvers, marguillier et membre laïque du conseil de fabrique de la cathédrale Notre-Dame. A ce titre, il a en charge l'administration des revenus de la paroisse, le règlement des tarifs des bancs d'église et des inhumations ainsi que la nomination des bedeaux, sonneurs et prédicateurs. Il est, avec le curé, le gardien des clés et des ornements de l'église. Son épouse, Sara de HAZE, appartient à une famille Anversoise tenant un rôle de premier plan dans le commerce du sucre et aux armes on ne peut plus parlantes lorsqu'on sait que haase est le mot flamand pour lièvre :  « d'argent au lièvre bondissant au naturel sur une terrasse de sinople ».

En 1642, Martin rachète la maison « den Bock », demeure historique des van HONSEM depuis le milieu du XVIème ( cf planche). Cette grande maison se compose d'un magasin et d'une maison d'habitation comprenant pièces à vivre, chambres aux étages, cuisine, grenier et sous-sol.
Veuf, il la vend à son frère Zeger, curé d'Hemixem, en 1672, contre le versement d'une rente viagère annuelle de 400 florins. Il y résidera jusqu'à son décès. En 1679, Den Bock fut vendue et quitta le patrimoine familial.

Martin et Sara sont les parents de :

- Jean, qui suit
- Martin Zeger (Siardus), ( 1648-1704), Prélat de l'abbaye des Prémontrés de Jode et chanoine de l'église abbatiale St Michel d'Anvers, va diriger, pour son évêque, des missions de combat dans la région d'origine de la famille. Il est nommé curé de Heeswyck, puis de Merxplas ( 2 bourgs de Campine ). Aux dires d'un historien local, il a la combativité des catholiques Hollandais et prend, localement, la tête de la contre-réforme. Il redonne vie aux guildes mourantes, particulièrement à la plus célèbre et plus ancienne d'entre elles, celle de St Willebrordus.
Il est aussi aumônier et trésorier des sœurs Norbertines de l'Ordre des Prémontrés pour les ressorts de Turnhout et d'Anvers, prévôt de St Agnetendaal à Turnhout et du St Sacrement à Anvers. Son monument, dans l'église de Merxplas, porte l'inscription suivante : "Monumentum Reverendi admonum Domini Siardi Van Hontsum, Abbatise St Michaelis Antwerpise canonici, hujus ecclesiapastoris, obiit 14/06/1704, R.I.P"

Il a également son inscription sous le jubé, au-dessus du portique du choeur de Saint Michel d'Anvers ( cf planche)




EPILOGUE ANVERSOIS

tout a une fin. commencée avec Seger, l'histoire des van  HONTSUM d'Anvers se termine avec Martin

En 1576, Anvers avait été pillée et rançonnée par les Espagnols qui y massacrèrent 11000 personnes. La ville se donna aux Orangistes qui imposèrent la religion réformée et interdirent le culte catholique, ce qui eut pour conséquence de voir partir les riches négociants de cette religion. Le siège de 1585 et la reprise de la ville par les Espagnols, eut l'effet inverse et acheva un peu plus le port ; l'émigration avait fait disparaître les meilleurs éléments de la population, qui étaient allés fonder ailleurs des manufactures ou des comptoirs et ne revinrent pas.
Les Pays-Bas septentrionaux héritèrent de l'industrie et du commerce des Pays-Bas méridionaux, Amsterdam supplantait Anvers qui se trouva définitivement ruiné par le Traité de Westphalie de 1648 qui interdisait le trafic maritime dans les bouches de l'Escaut. La population était passée de 150.000 à 40.000 âmes.

en 1635, Jacques van  HONTSUM est déjà à Paris où on le trouve menant des opérations de change avec les Fugger d'Augsbourg et Jean-Baptiste van  HONTSUM, installé à Marseille, entretient, en 1644, une correspondance commerciale avec un sieur TASSINI d'Amsterdam.


Jean Van HONTSUM ( 1635-1693 ), prend, quand à lui, la décision d'installer sa Maison de Commerce à Bordeaux.

Le cabotage, européen ou national, est l'activité maîtresse de l'estuaire. Les débouchés sont nombreux, Provinces-Unies, Flandre et villes Hanséatiques sont avec l’Angleterre, les principales destinations. Les Hollandais ont fait main basse sur ce trafic et représentent le quart des navires fréquentant le port de Bordeaux et 70 % des tonnages. À la fin du siècle, ils assurent plus des deux tiers des exportations de vin, grâce à la supériorité de leurs navires.

Nombre d’entre eux y ont élu domicile et constituent la colonie étrangère la plus importante de la ville. Ils sont installés au faubourg des Chartrons, bien décidés à assécher les marais qui l'isole de Bordeaux et à transformer le lieu en avant-port de la ville.
Aussitôt dit, aussitôt fait : le faubourg ne tarde pas à changer de look, l'argent des affaires permettant aux nouveaux habitants d'y construire de vastes demeures avec entrepôts et chais, dont certaines existent encore de nos jours.

Qui plus est, il leur est facile de commercer à l'abri des taxes et droits frappant les étrangers, car un édit de 1595, jamais remis en cause, accorde aux marchands Hollandais la nationalité Française sur simple déclaration de résidence.

Jean épouse Anne NANTIACen 1667 et quitte son domicile des Chartrons qu'il loue à un certain sieur DANDIVAN qui se révèlera être un mauvais payeur puisque faisant l'objet de deux sommations qui lui seront transmises par Maître Godeau, notaire à Bordeaux, en 1667 et 1668.

Anne NANTIAC appartient à une très ancienne famille bourgeoise de Limoges qui donna plusieurs consuls à la ville, dont Pierre et Jean en 1591 et François en 1593. Elle portait : "d’azur une étoile d’or en chef et un croissant d’argent en pointe » ou « d’azur au chevron d’or accompagné en chef de trois étoiles d’or et en pointe d’un croissant d’argent ."
Pierre, le père d'Anne, avait des affaires à Bordeaux où il fut confirmé dans sa bourgeoisie par la jurade le 30 juillet 1633 et nommé trésorier de l'hôpital St André le 10 mars 1643.
Le 29 août 1644, il comparaît, par-devant Maître (de) Godeau, notaire à Bordeaux, avec François MAILHOT, Grand Vicaire de l’Eglise cathédrale St Etienne de Limoges « lequel a confessé qu’ayant en la ville de Bordeaux eu la poursuite de grands et importants procès qu’il a eu à soutenir en la cour du parlement dudict Bordeaux pour la conservation de ses biens et droits et en rapport de M. de Voisin, conseiller du Roy en la dicte cour et à l’encontre de sieur Tiry VIDAU, banquier de la ville et autres, il fait donation à Pierre NANTIAC son bon et intime ami qui l’a toujours assisté de ses facultés et de ses pouvoirs tant aux procès qu’aux autres affaires, d’une maison rue St Pol, paroisse St Christoly … »
Pierre décide d'élire domicile dans cette maison, vend ses avoirs limougeauds et se fixe définitivement à Bordeaux dont il sera un puissant marchand, ainsi que l'attestent ses élections de 2ème consul de la Bourse en 1651 et de juge en 1662. Il teste devant Maître Godeau, en 1664 et lègue sa maison à sa fille. La maison du 2 de la rue Saint-Paul passera aux Van  HONTSUM, puis aux SARAVIE. Rose SARAVIE de SAINT-MARC y habitait lorsqu'elle épousa Pierre-Antoine.

Maître Godeau, notaire de NANTIAC, sera également celui de Jean Van HONTSUM. Hélas ! Si le registre a été conservé, les minutes ont disparu et nous ne connaîtrons jamais, par le menu, le contenu des protestations que Jean fait rédiger envers l'un ou l'autre entre 1667 et 1670, ni celui de sa dénonciation auprès des Messieurs de la Comptabilité ( employés des Fermes Générales ), autant de documents qui prouvent qu'il était dur en affaires, tout comme, probablement, son épouse, Anne NANTIAC, à laquelle il donna procuration globale et spéciale lorsqu'il s'embarque pour Anvers le 21 juin 1669.

Une communication intitulée « entrepreneurs et entrepreneurship in the early modern times » le référence comme un marchand très actif dans les staple goods ( fournitures et nourritures de base ) de 1670 à 1676.

un acte passé devant Maître CONILH, le 11 mai 1670, nous apprend qu'il fait charger sur le navire "la Sara" 20 tonneaux de vin de ville ( 18.000 litres ) aux fins d'y être vendus à la foire du port hanséatique zélandais de Middelbourg. pour cet acheminement, il lui en coûtera 8 livres par tonneau qu'il versera au capitaine Blaise Simonet et à son courtier.

Le 7 juillet 1674, devant le même notaire, il produit une lettre de change établie à Anvers, le 26 juin par Henry Van KESSEL, un autre marchand, chargeant Monsieur Noël FONTAINE de lui régler la somme de 625 livres et fait sommer ce dernier de procéder à son paiement.

Tout comme ses ancêtres, c'est un catholique engagé que la communauté des marchands hollandais députera avec Jean MOLENARS, pour contracter avec Louise de FONTENEIL, Mère Première et Supérieure du couvent des Religieuses de Notre-Dame. Le 4 mai 1668, celle-ci consent, par acte passé devant Me de GODEAU, à prêter, pour cinq ans, aux « marchands Flamands et Hollandais, résidans en ladicte présent ville et au lieu des Chartreux la chapelle du St Esprit de la rue du Chapelet, près la Porte St Germain, paroisse St Maixant « pour y faire dire et cellebrer la saincte messe, s’y confesser, communier et y entendre les prédications qui y seront faictes et autres instructions nécessaires à la foi catholique, apostolique et romaine, par les référendz pères récollés flamans ou autres…les dits sieurs VANTHOUSUM et MOLENARS seront tenus d’entretenir à leurs frais et dépends la dite chapelle de couverture, vitrages …. ».


Jean van  HONTSUM et Anne NANTIAC sont les parents de :
- Catherine, baptisée à St André le 21 juillet 1668, parrain Jean VANPULLE pour Segueres van  HONTSUM, prêtre,protonotaire apostolique et curé de Hensse en Brabant, marraine Catherine Martin
- Thérèse, baptisée à St André le 7 novembre 1669, parrain Maître Pierre NANTIAC, avocat à la Cour et marraine Catherine de HAZE et à sa place Catherine MARTIN.
- Martin, baptisé à St André le 1/10/1671, parrain Martin van  HONTSUM et marraine Marguerite Faure. Il épousera Marie BISTON, veuve de Pierre de FONTANGES.
l'an mille sept cent trente six et le quatorzième septembre, M. Martin VANONSE, ancien officier et ancien grand aumônier de l'église St Christophe et de St Paul de cette ville, est décédé en sa maison rue St Paul, âgé de cinquante cinq ans ou environ, après avoir reçu tous les sacrements et son corps a été inhumé en l'église St Christophe, sa paroisse, le lendemain, sous le banc des ouvriers,( membres du conseil de Fabrique) en présence de Pierre AYRAUD, sacristain, Léonard RENART, servant des messes et moi, CASTRIE, curé de St Christophe et de St Paul-
- Marianne, baptisée à St André le 9 décembre 1673, parrain Louis MARTIN et à sa place Paul BOUNS, marraine Marie VANDERULOUT et à sa place Catherine MARTIN.
- Catherine, baptisée à St André le 22 février 1676, parrain Martin van  HONTSUM, marraine sa sœur Thérèse et
- Jean, baptisé à St André le 27 octobre1680, parrain Martin VANHONSSON, marraine Thérèse VANHONSSON.


Au fil des actes, Jean est dit : marchand d'Anvers ou de Brabant, bourgeois et marchand de la ville et, les curés n'en finissant pas d'estropier son nom sous les orthographes de VANHONSON, VANHONSSON, VANHOUSON, il laissa ses descendants franciser le nom en VANONSE. Après tout, n'étaient-ils pas Français et bourgeois de Bordeaux ?

Jean et Anne furent enterrés entre les piliers de la chapelle St Blaise de cette même église St Christoly, aujourd’hui disparue



  
Inscription funéraire de Zeger à St Michel : ses armes sont écartelées Van HONTSUM et de HAZE ses parents
 
 


Inscription funéraire de Seger et Catherine BASELIERS : les armes sont encore celles des van HONSEM





Inscription funéraire de Jan van HONTSUM et Marie TAETS


 
Portrait de Zeger van HONTSUM par van DYCK





 Inscription funéraire de Zeger van HONTSUM


Maison « de Bock », 29 Zilvermidstraaat à Anvers